Le désamour général

On attendait beaucoup de lui, Barack Obama. Je ne vous mentirais pas en vous disant que j’y ai cru à cette histoire de Yes We Can. J’y ai eu droit à toutes les sauces et avec tous les accents possibles et inimaginables. « Tantine, tu veux du thé ? Yes we can, yaya » ou encore « Maman, tu peux… Yes we can, ma chérie », avec parfois l’impression de vivre dans une dimension parallèle. Je me souviens avoir passé une nuit blanche à l’attendre. A l’aube d’un jour de novembre, dans mon studio nantais, j’avais le sentiment de vivre un événement inédit. Ce n’était plus de la fiction à la 24 heures chrono. Il y avait bien un noir à la maison blanche. Surréaliste.

Couverture de The Atlantic Janvier/Février 2017

Huit années plus tard, les mandats d’Obama ont été comme genre de mecs que l’on rencontre après une longue période de célibat, pire après une rupture si douloureuse qu’elle a le don de nous faire renoncer l’amour. Plutôt pas mal, marrant, charmant et avec un sens du timing exceptionnel, il dira ce que nous voulions entendre au moment où nous voulions les entendre. Au début de la relation, il fera des choses mémorables qu’un ex n’a jamais pris le temps de faire car trop fier ou pas assez amoureux, voire les deux, telles qu’enlever sa veste afin de nous couvrir les épaules quand il fait froid et/ou nous réveiller avec des textos super mignons. Des choses si banales mais si importantes à la fois. En gros, il nous vendra du rêve.

Après avoir emménagé ensemble, on se rendra compte qu’il pue et ment autant que les autres mais les sentiments sont là. Alors, on lui cherchera des excuses parce qu’au fond, les excuses sont faites pour être utilisées mais surtout parce qu’on a tout simplement plus le courage d’aller se heurter ailleurs. J’ai toujours regardé la politique avec de gros yeux. Une semaine sur deux, les cours d’éducation civique nous apprenaient cette notion presque absurde que le pouvoir appartient au peuple. Je n’ai jamais compris comment des gens censés pouvaient recycler le même guignol, s’en plaindre et le réélire quelques années plus tard. Non pire, que ce même guignol puisse avoir le culot de revenir après un bilan désastreux et une gestion mafieuse de l’état.

Après tout ce qu’il lui a fait subir comment peut-elle se remettre avec cet imbécile ? Pourquoi attendre une rupture imminente pour faire des pieds et des mains pour la retenir ? Change-t-on vraiment ? Ou sommes-nous si désespérés d’être aimés ? Chacun usant de politique pour attirer l’un ou faire fuir l’autre. Il y a des sons que l’on n’oublie pas. Des cris que l’on n’aimerait plus entendre. Des mots que l’on jurerait ne jamais sortir de nos bouches. Des comportements qui ne nous ressemblent pas mais que nous reproduisons. Il y a des trucs comme ça qui restent coincés dans nos mémoires, des regrets, des images, des sanglots, des paroles voire même des silences que l’on aimerait effacer.

Comment ça, tu ne m’aimais pas ? M’aurais-tu menti dès le départ ? On se reparle mais la blessure est là. On décide tout simplement de ne pas en parler mais la plaie s’infecte.  Puis, on espère qu’en allant ailleurs, elle se dissipera, je parle de la déception. C’est ainsi que Donald Trump est arrivé. Il devait juste nous faire rire, il n’a jamais été un premier choix. Juste une roue de secours, le fameux « rebound guy », celui dont on est censé rester le temps que la peine se dissipe mais on se laisse prendre au jeu.  On le répétera à notre entourage méfiant : « Y a rien de sérieux entre nous, on s’amuse ». Il s’installe à son tour et on ne le voit pas faire. Et maintenant, comment s’en défaire ? Ce n’était qu’un flirt, un rigolo. Puis, on repense à tout ce que l’on a pu perdre mais c’est trop tard…

Humaines

Solange interviewée par Beyoncé pour Interview. J’étais plutôt sceptique par cette association, tout simplement parce que je ne pense pas que Beyoncé ait un langage totalement articulé. Ce n’est pas une nouvelle, elle chante mieux qu’elle ne parle. Je veux simplement dire que l’exercice de l’interview n’est pas donné à tout le monde mais bon, elle s’en sort. Pour Interview, c’est un coup de pub sans précédent. Les deux soeurs que l’on a toujours voulu opposer, s’exprimant mutuellement sur les discriminations de la communauté dont elles sont toutes les deux issues, sur leur perception du climat racial actuel aux Etats-Unis, sans oublier, au passage, de faire un peu d’autopromotion familiale, c’est du pain béni. Mais alors pourquoi Interview et pas Vogue ?

J’ai apprécié la simplicité de leur conversation et de la façon dont les soeurs Knowles remettent les pendules à l’heure et entérinent toute forme de rivalité fictive ou réelle. Non, personne n’est ennemie de l’une ou de l’autre, nous avons juste choisi deux chemins différents, l’une le mainstream et la seconde, l’indé. Je suis depuis assez longtemps Solange sur les réseaux sociaux, à l’époque de son Tumblr où elle le documentait de ses photos de voyage en France, en Afrique et partout où elle se rendait avec son fils et sa bande potes, en passant par la création de son label indépendant Saint Heron, ainsi que sa collaboration colorée avec Puma etc… J’aime son univers, son ouverture sur le monde et sa volonté d’essayer de poser une pierre à l’édifice concernant l’égalité raciale et sexuelle sans en faire des tartines. Son opus A Seat at the Table se positionne comme tel et il est sûrement l’album d’une décennie.

Tout au long de l’entretien, Beyoncé et Solange nous font voyager dans leur Houston natal, dans le salon de coiffure de la matriarche, Tina, mais aussi dans les différentes rencontres avec d’autres artistes. L’anecdote sur Nas m’a fait mourir de rire. Beyoncé dira d’ailleurs de Solange que c’était assez marrant de voir trembler « celle dont tout le monde croyait la plus cool » et au fond, c’est ce qu’on apprend, Solange est de loin la plus cool. Ayant eu le temps de faire ses erreurs, de prendre son temps, de vivre sa vie et de créer sa propre signature vocale et artistique. On sent, sa liberté. Ce qui est étrange, c’est qu’elle a l’air plus sûre et s’en bat les reins de la popularité. Solange en connaît les dangers. Cette même popularité qui édulcore le discours féministe, de temps à autre bancal, de sa soeur ainée. C’est le problème du statut de pop star, on le sent aussi tout au long de cette conversation, d’ailleurs.

Je n’ai pas écouté Lemonade, par choix. J’en ai entendu quelques notes ici et là sur Instagram ou par simple hasard. Des fêlures sur-jouées, un regard naïf sur le monde et une Becky introuvable. Cet album ne m’a pas réellement intéressé. Cependant ça fait bien longtemps qu’elle ne me touche plus là, oui, là où la musique est censée nous toucher. Pas vraiment personnel pour un sou, trop travaillé, trop parfait peut-être. Je n’ai jamais caché mon aversion artistique pour Beyoncé, je considère sincèrement qu’elle est surévaluée et qu’on attend plus grand-chose de sa part. Ce qui est réellement dommage. Beyoncé ne le répétera jamais assez à part ses vacances sur un yacht en Italie, c’est une cocue comme nous autres, les mortelles. Alors son combat pour les femmes de couleurs ou pour toutes les femmes m’est passé au-dessus de l’épaule car manquant naturellement de naturel. Vous allez me dire : « … mais Beyoncé remplit les stades mieux que personne ? » Oui et, c’est super. C’est une performeuse de malade, une machine de guerre du divertissement, une athlète et je crois qu’elle devrait se concentrer uniquement la dessus, la politique ne lui va pas.

Pour une fois, j’ai éprouvé de la sympathie pour Beyoncé. Je l’ai trouvé humaine. En tant que soeur ainée, je peux la comprendre et je la ressens de temps à autre cette frustration. On a parfois ce désir de vouloir tout faire dans les règles, de ne vouloir décevoir personne, de ne pas trahir ses parents qui ont tant souffert pour que nous en arrivions là et de demander la permission de souffler un peu. Ce sentiment de culpabilité que ne ressentent pas forcément les cadettes, qui ont la jeunesse comme motif, leur permettant de s’octroyer certaines incartades. J’ai souvent eu ce sentiment de ne pas avoir eu le droit à l’erreur, qu’elle est rédhibitoire. Beyoncé se bat sûrement contre cette perfection ou/et ce perfectionnisme dont elle est souvent accusée. Solange, elle, prend son temps. Elle se permet de ne pas passer par les sentiers battus, de préférer Interview à Vogue et ainsi limiter ses apparitions, au gré de ses envies.

Solange est désormais dans la cour des grandes et on dirait qu’elle s’était préparée y a un bail. Accentuant sa différence à chaque album, se façonnant une image en cohérence avec sa personnalité, en l’ouvrant sur des sujets difficiles et en nous interrogeant sur la réelle place de la femme noire dans nos sociétés contemporaines, Solange reste cohérente dans sa démarche. Excluant cette volonté de ne pas se positionner en tant que pop star mais en tant qu’artiste consciente de son environnement, jouant ainsi le rôle d’une journaliste parfois, d’une Black Panther souvent et plus encore d’une femme de couleur à part entière avec les mêmes préoccupations que nous. J’estime que les soeurs Knowles sont incomparables mais soyons honnêtes, Solange a tout simplement une galaxie d’avance sur Beyoncé.

Girls, La fin d’une ère… et franchement, il est temps !

Lena Dunham l’a annoncé, ce sera la dernière. La dernière saison de Girls. Il est difficilement impossible de ne pas s’identifier à Hannah, Marnie, Shoshanna, ou encore Jessa. On se retrouve forcément dans ces fragments de vie, ces péripéties et c’est, sûrement, pour cette raison que la série plaît et que parfois, il vaut mieux en finir avant que ça pue vraiment. De retour le 12 février 2017, toujours diffusée sur HBO, le final devrait nous réserver un panel d’interrogations en suspens et beaucoup d’émotions. Après six années a galérer toute ensemble, Lena nous assure que sa bande percera (presque !)…

Je me souviens quand la série est sortie. C’était une telle frénésie. La créatrice, Lena Dunham,  se donnait à coeur joie de nous commenter, de nous documenter la vie sexuelle, professionnelle et sentimentale de cette génération mal comprise, tantôt perçue comme pourrie gâtée, rêveuse et malchanceuse. C’était intéressant de constater que les motivations de ces millenials pas comme les autres sont, tout aussi, universelles.  Ces personnages ne sont pas si avant-gardistes que l’on aurait pu l’imaginer. Il ne s’agit pas d’héroïnes mais bien de loseuses à la recherche de l’épanouissement ultime et Lena n’a cessé de nous le vendre ainsi.

Au détour d’une conversation avec une amie, nous discutions de l’Amérique d’aujourd’hui, de Barck Obama, de l’après Barack, de Donal Trump, de races,  de discriminations et d’inclusion. Ce sont des conversations, un peu près, banales pour moi. Nous avons donc parlé Girls. Ma pote m’a confié qu’elle kiffait la regarder mais parfois, elle se sentait mal à l’aise. Je vous avoue que je ne regarde pas Girls d’un point de vue sociologique. Pour moi, ce n’est qu’une série et j’avais, bien sûr, tout faux. Elle posera le doigt sur quelque chose que je n’avais même pas remarqué. Aucun des personnages principaux n’est de couleur dans une ville aussi cosmopolite que New York. C’est vrai que ça aurait été plus plausible au Texas, je ne sais pas, dans l’Utah mais Girls est à New York. En fait, ça ne l’aurait été nulle part.

Il est vrai qu’après cette remarque, je n’ai plus regardé la série de la même façon. J’étais même prête à lui trouver des excuses à Lena. Il m’arrive de me poser la question, est-ce réellement si important que ça ? Est-ce si capital de voir autre chose que des femmes blanches dans une série populaire qui parle de cette génération censée être complètement décomplexée ?  La créatrice n’est-elle pas consciente de la réalité de notre société ? J’ai parfois le sentiment d’être juste chiante et de voir la petite bête partout mais c’est effectivement important. Girls ne sera jamais mon Girls à moi parce que je ne me vois pas. Cela peut paraître con mais je reste convaincue que la couleur de peau affecte positivement et/ou négativement une personnalité, un parcours, en gros, une histoire. Ca compte qu’on le veuille ou non…

Bien entendu que les minorités doivent exiger bien plus qu’une simple représentation sur scène ou sur écran. Cependant le niveau de représentativité  sur écran est le  baromètre qui détermine l’état de santé de notre société, du moins, les premiers signes. Alors, oui, c’est important et même plus que primordial de me poser ce genre de questions car mes interrogations existentielles importent, elles m’importent. Vous allez me dire il y a Insecure ? Non, ce n’est pas le sujet, Girls s’est présentée comme LA voix d’une génération, celle de l’ère du président noir, Barack Obama, et de sa First Lady Michelle Obama, tout aussi populaire que le premier, celle derrière la candidate démocrate Hillary Clinton, celle qui milite pour leurs droits et ceux des autres tels que l’avortement, le mariage pour tous ou encore le Obamacare et celle qui s’est révoltée contre les propos racistes, sexistes et arrièristes de Trump. Alors oui, en tant que millenial bien dans son époque, je me sens bernée.

Est-ce son rôle d’en parler ? Un peu ? Mais où est donc passé la très caustique Jessica Williams présente à la saison 3 ? Je n’en sais rien. J’ai horreur de voir les choses sous cet angle, croyez-moi. Il n’y a rien de plus insupportable que de se sentir invisible. Lena Dunham dépeint juste un monde et elle a décidé que ce serait le sien, avec ses amies et ses préoccupations de blanche dans la mégapole la plus diverse de l’univers. Un monde blanc, pseudo-féministe et plutôt de gauche mais de loin. Au fond, je ne peux pas la blâmer, c’est son monde. Elle ne joue pas l’hypocrite des quotas, ouais bon de temps en temps, de l’ouverture et de l’acceptation d’autrui. Je ne lui en veux pas. A Paris, Hannah et sa bande seraient ces petites minettes qui vivent à le XVIIIème ou à Montreuil, notre Brooklyn à nous. Peut-être que je serais surprise mais bon, disons, que le monde d’Hannah est blanc, point barre.