Est-ce que Beyoncé a le pouvoir de rendre une marque bankable ?

Qu’on aime ou qu’on considère que Beyoncé n’est pas une icône de mode à proprement dite, les photos ont créé un buzz pas possible sur la toile. Au point que ce fameux ensemble bordeaux aux bandes contrastées en millenial rose est désormais en rupture de stock. Est-ce qu’un buzz suffit pour sortir une marque de l’anonymat ? Pour l’instant, Samantha Black, créatrice de Sammy B, profite de cette notoriété soudaine grâce au joli coup de pouce de Beyoncé et de sa styliste. C’est le rêve de tous petits créateurs, voir sa marque portée par une célébrité et ainsi jouir d’une promotion gratuite sur les réseaux sociaux et dans toutes les publications mainstream. Nous avons échangé sur Instagram, la designer semblait encore excitée par ce qui venait de lui arriver.

@beyonce

Diplômée de l’institut Pratt, une des principales écoles d’art des Etats-Unis, Samantha Black a également bossé pour Jill Stuart et Michael Kors, avant de faire ses classes à Londres chez Alexander Mc Queen. Je connaissais Samantha pour sa participation à l’émission télévisée à la saison 11 de Project Runway. Difficile de ne pas la louper, les designers noirs se comptaient sur les doigts de la main. Désormais créatrice de son propre label, Sammy B, elle propose un style typiquement new-yorkais à la fois simple, funky, sophistiqué et abordable. La styliste Zerina Akers a kiffé son travail. Elle l’a donc commandé pour sa cliente, Beyoncé.

Quelle a été ta réaction quand tu as vu Beyoncé portant ton ensemble ? J’ai eu un drôle d’effet, une montée d’adrénaline, je dirais. J’étais super excitée ! Mon coeur a battu très fort pendant un long moment. Est-ce que tu as eu des contacts au préalable avec son équipe ou était-ce une totale surprise ? Je savais qu’elle porterait mon ensemble mais j’ai été surprise quand elle l’a enfin mis. Est-ce que le buzz qu’elle a créé autour de ta marque a affecté les ventes de manière positive ? Oui, de manière très positive. Beaucoup de gens ont acheté l’ensemble et d’autres pièces sur le site. C’est une opportunité géniale d’être enfin vue par le grand public mais qu’elles sont les réalités au quotidien en tant que petit créateur ? Etre un petit créateur au quotidien est très très difficile. Quand tu es petit, tu dois payer plus pour tout, généralement parce que tu ne corresponds pas aux exigences minimums requises et quand cela arrive enfin, c’est souvent bas de gamme. De plus, je porte toutes les casquettes. Je dois être présente à chaque étape et ce n’est pas facile au quotidien. Est-ce que Zerina Akers, la styliste personnelle de Beyoncé, et d’autres célébrités t’ont contacté pour d’autres pièces ? Je travaille régulièrement avec des célébrités. Beyoncé n’est pas la première. Rien n’a été commandé pour le moment  mais en espérant que ça se fera dans un futur proche. Comment vois-tu évoluer ta marque Sammy B dans le futur ? Bien, je vois mon business évoluer de manière plus cohérente, aussi bien à un niveau local qu’à l’international. Je vois Sammy B devenir une marque qui compte dans l’industrie de la mode et c’est ce vers quoi je me dirige.

La couronne de la discorde

@allure @aliciakeys

Porté par l’auteure britannique Zadie Smith, l’interprète, compositrice et pianiste américaine Alicia Keys ou encore Erykah Badu, la reine de la neo soul, et tant d’autres, le fichu fait basculer la République. Tout ce qui est propre au style d’une personne racisée est sujet à débat, c’est agaçant. Le cas Danièle Obono est un exemple flagrant des limites de la compréhension de cette réalité de la mondialisation par une frange de la société censée être plus cultivée que la masse. La députée avait-elle besoin d’une permission parlementaire pour exprimer sa culture d’origine dans les instances publiques ? Pourquoi la France a-t-elle du mal à mettre son idée de multiculturalisme niais et hypocrite en pratique ? Je n’arrive pas à imaginer qu’un bout de tissu dans l’hémicycle puisse être au centre de nombreuses controverses et polémiques. Personnellement, je ne porte que rarement le turban, le foulard ou encore le fichu pour des raisons qui sont les miennes mais j’aime comment un objet dit d’oppression, de soumission, de pauvreté et de négligence peut être détourné au fil du temps et ainsi devenir une parure voire une couronne. A travers l’histoire et en fonction de l’emplacement géographique, il a été tant de choses. Tantôt accessoire de subordination de la femme dont on ne voulait pas voir les cheveux grainés découverts, de l’esclave qui risque d’attirer le maître. Oui, de celle qui risque d’être, au fond, à égalité avec la maîtresse alors qu’en Afrique de l’ouest, il exprime la grandeur et l’élégance. Aujourd’hui, il affirme une posture individuelle, la volonté de se montrer au monde tel qu’on le souhaite. Alors, le voir au parlement arboré par Danièle Obono, une députée d’origine gabonaise qui n’a pas la langue dans sa poche et qui fait fi des commentaires racistes à son égard, le détournement prend alors un sens merveilleux parce qu’il est tout cela à la fois. En nouant son foulard à « l’africaine » devant les hauts dignitaires de l’état, la députée de la France Insoumise manifeste son indépendance politique et vestimentaire, sa grandeur mais également le fait qu’elle est sur un même pied d’égalité avec ses pairs. Le turban est un objet esthétique, religieux ou non, africain ou pas, un moyen de protection contre les intempéries pour les unes ou un moyen de séduction pour les autres, dans tous les cas, il synthétise des expressions et des significations qui diffèrent d’un individu à l’autre.  

La campagne afro-optimiste de Casting Crème Gloss de L’Oréal Paris Brasil

@iza @loreal

Je suis tombée sur le clip promotionnel d’Iza, une chanteuse afro-brésilienne, sorti en septembre dernier pour la marque de cosmétiques la plus populaire au monde, L’Oréal Paris. Il y a enfin tout ce qu’il faut : un son entraînant, un message féministe, une pléthore de têtes connues du grand public brésilien et des visuels plutôt pop. La campagne Casting Crème Gloss de L’Oréal Paris Brasil a voulu frapper fort en dégainant le casting de la mort. La chanteuse Iza en compagnie de Tais Araújo, Flavia Pavanelli et Ju Nalu, elles aussi représentantes de la marque, scandent à tout va « Esse Brilho E Meu – Cet éclat est le mien ». En faisant appel à une porte-parole noire à la peau foncée, faut pas rêver une mais pas deux, la publicité entérine sensiblement des années de White Washing. Un procédé consistant à ne dépeindre qu’une catégorie de personnes, de surcroît blanche, à l’écran donnant ainsi une image faussée de la réelle proportion de noirs dans la société brésilienne. Régulièrement accusée d’éclaircir ses égéries, L’Oréal a fait tout le contraire. Oui, une femme noire non afro-américaine a enfin le premier rôle dans une publicité au Brésil. Soyons clairs, ce n’est pas souvent que cela arrive. Les cheveux tressés, la peau ébène et les hanches développées, Iza semble être une version peu originale de Beyoncé, Nicki Minaj, Rihanna et tout ce que le baile funk peut offrir de vulgaire mais on fera avec. Je n’ai pas été intriguée par cette pop édulcorée qui sonne un peu faux parfois mais elle a le mérite de répondre à nos interrogations : oui nous sommes assez belles pour apparaître à l’écran, non notre peau n’a pas besoin d’être plus claire pour être attrayante, oui nous aussi nous pouvons voir des filles qui nous ressemblent sur les produits que nous achetons… enfin le dernier, je ne suis pas encore certaine que ça se fasse vite, encore un petit pas. C’est étrange de s’extasier devant quelque chose qui devrait être de l’ordre de la normalité mais nous en sommes arrivés là. En association avec Casting Crème Gloss de L’Oréal, Iza propose de quoi rajeunir la marque et capter ces consommatrices aux teints non conventionnels qui n’attendent que ça, être prises pour de réelles consommatrices. En fin de compte, tout le monde y gagne.

« Sourire ne fait pas gagner des médailles d’or » – Simone Biles

@the_gentlewoman

J’ai été littéralement happée par le body vert métallisé de The Gentlewoman. Sur la couverture Simone Biles y est à la fois mignonne et puissante. Je ne pouvais qu’y succomber donc je l’ai acheté à 0fr, la librairie la plus cool de Paris, non loin du Carreau du Temple. J’apprécie qu’il y ait autre chose que des chanteuses et stars de cinéma sur les couvertures de magazines indé. Je l’ai regardé tout rafler aux J.O de Rio et moi, qui déteste mater le sport à la télévision, j’ai kiffé voir mes sistas tout donner sur le tapis. Adoptée, noire, petite et originaire du Texas, son parcours peut nous faire chialer mais Simone Biles reste avant tout une gymnaste féroce. Sa punchline légendaire « sourire ne fait pas gagner des médailles d’or » à marquer les esprits, à marquer mon esprit. Je crois qu’on s’attache vite au personnage pour la simple et bonne raison que rien ne s’est construit sans difficulté, sans travail et sans concentration. Simone Biles est une battante. A seulement 20 ans, elle est triple championne du monde au concours général, triple championne du monde au sol et double championne du monde à la poutre et les jeux deTokyo 2020 risquent d’être épiques. La meuf a inventé une figure. Ouais, une figure porte son nom parce qu’elle est la seule sur terre à pouvoir l’exécuter. C’est complètement fou. Et ce sont le genre d’histoires qu’on aimerait lire et relire, en fait.